Les matériaux biosourcés ont fait leurs preuves sur le patrimoine minier : ils tiennent la performance thermique et régulent l’humidité. Le défi n’est plus technique. Il est économique et collectif : former les entreprises, massifier la commande et associer les habitants pour faire baisser les coûts et atteindre les économies réelles. PRÉ-Vert construit les conditions pour répliquer ce modèle bien au-delà du Bassin minier.
Pré-vert, qu'est-ce que c'est ?
PRÉ-Vert signifie « Patrimoine, Rénovation, Écologie VERTueuse », est un projet de recherche-action sur l’éco-rénovation du patrimoine minier avec des matériaux biosourcés et géosourcés. Il interroge les conditions de rénovation thermique dans des contextes patrimoniaux, en prenant comme terrain d’étude les cités minières du Bassin minier Nord-Pas-de-Calais, inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO.
• Pecquencourt (59), cité Barrois : l’opération « Pecquenchanvre » a rénové 50 maisons minières au béton de chanvre (Maisons & Cités). Sur ces 50 logements, 30 ont été isolés en béton de chaux et de fibre de chanvre projeté, et 20 en blocs de béton de chanvre.
• Méricourt (62), cité de la Croisette : l’opération « Rénolin » a rénové 2 maisons minières en blocs de lin (SIA Habitat). La filière est entièrement locale, de la culture du lin à la fabrication des blocs, et l’expérimentation a fait l’objet d’une ATEx.
• Harnes (62) : l’opération « EQLD Cités minières en acclimatation » porte sur 25 maisons, avec béton de chanvre, finitions en terre et rideaux hygrothermiques.
• Un « laboratoire du futur » : une maison minière où seront testés des matériaux encore au stade de la recherche (ENSAIT et LGCgE)
Émissions d’une réhabilitation,
amorties en 8 à 10 ans
Objectifs et enjeux du projet
Parmi les enjeux que le projet cible figurent l’éco-rénovation du patrimoine et l’usage des matériaux biosourcés et géosourcés. Le projet repose sur des solutions concrètes à base de chanvre, de lin, de textile et de terre. Il couvre toute la chaîne de l’éco-rénovation, de l’écoconception participative jusqu’au réemploi et à la fin de vie.
PRÉ-Vert poursuit un double objectif. Il cherche d’abord à définir les conditions de création de filières locales de rénovation écologique du patrimoine, exemplaires en matière de participation citoyenne et compatibles avec l’inscription UNESCO. Il vise ensuite à rendre ce modèle reproductible aux échelles nationale et internationale.
Le travail mené s’organise autour de sept thématiques :
1. Le patrimoine habité : préserver en adaptant
Le projet part d’un constat : les 24 000 logements miniers inscrits à l’UNESCO ne peuvent plus être rénovés par une simple mise aux normes. Il faut articuler préservation architecturale, transition écologique et attractivité résidentielle. Les normes, conçues pour le neuf, sont parfois délétères pour le bâti ancien. PRÉ-Vert privilégie donc l’adaptation plutôt que la démolition. Il porte une attention particulière aux matériaux en place et aux modes de vie des habitants. L’objectif est de proposer des solutions transposables à tout le bâti ancien en brique, qui représente des centaines de milliers de logements à l’échelle régionale et nord-européenne.
2. Des écomatériaux performants, une innovation à consolider
Les démonstrateurs Rénolin et Pecquenchanvre le confirment : par rapport à la laine minérale, les isolants biosourcés tiennent la performance thermique et régulent très bien l’humidité. Le chanvre s’appuie sur une filière mature, dotée de règles professionnelles. Le lin est très disponible, mais n’a pas encore de filière bâtiment structurée. Pour légitimer ces matériaux, le projet accompagne leur certification, avec l’avis technique du bloc Bâtilin en cours de finalisation avec le CSTB. Les laboratoires partenaires testent aussi dans des maisons occupées des solutions de rénovation légère : mousse isolante à base d’anas de lin, enduits correcteurs hygrothermiques, isolants issus de textiles recyclés.
3. Des coûts à objectiver par le coût global
Le surcoût reste le principal frein. Sur les premières opérations, il a largement dépassé les prévisions en raison de la frilosité des entreprises et des assureurs. Une opération récente en béton de chanvre est cependant sortie avec un surcoût limité à 5 à 10 %. L’écart tient surtout à la mise en œuvre, et non au prix du matériau : faute de connaître le produit, les entreprises intègrent une marge de sécurité. Pour éclairer les décisions, le projet s’appuie sur l’analyse de cycle de vie et sur une approche en coût global. Celle-ci intègre les économies d’énergie ainsi que les impacts sanitaires, sociaux et environnementaux. Elle constitue un outil d’aide à la décision pour les bailleurs et les collectivités.
4. Le carbone et l’économie circulaire
Les opérations menées ont réduit de moitié la consommation énergétique des foyers, soit environ 770 € par an rendus aux habitants. Une réhabilitation émet toutefois de 12 à 20 tonnes de CO2, amorties en huit à dix ans. Viser l’étiquette B plutôt que C divise par deux ce temps de retour, et le stockage carbone des biosourcés permet d’envisager à terme une empreinte négative. Le volet circularité s’appuie sur le développement de plateformes de réemploi et d’un centre de retraitement des gisements issus des chantiers.
5. Structurer les filières par la massification
Les freins restent nombreux : méfiance de certains acteurs, absence de filières locales organisées, surprimes d’assurance qui réduisent la concurrence. Pour y répondre, le projet mise sur trois leviers : la sensibilisation des professionnels, la massification des commandes via l’engagement collectif des maîtres d’ouvrage, et la valorisation de matériaux 100 % locaux. Ces leviers doivent faire baisser les prix et sécuriser les entreprises.
6. Former tous les acteurs, de l’artisan à l’enseignant
La montée en compétences est au cœur du dispositif. Pour les entreprises, des formations intégrées aux chantiers montrent qu’un bloc de chanvre se met en œuvre comme un bloc classique. Pour la formation initiale, PRÉ-Vert forme des enseignants sur la ventilation, l’enveloppe performante et les matériaux biosourcés. Ces enseignants sont ensuite accompagnés pour faire évoluer leurs cursus. L’éco-rénovation devient aussi un levier d’attractivité pour les métiers du BTP auprès des jeunes.
7. Les habitants au cœur de la rénovation
Les rénovations n’atteignent pas toujours les baisses de consommation attendues. Deux causes sont identifiées : l’effet rebond, et des projets conçus sur des moyennes éloignées des usages réels. PRÉ-Vert fait le pari d’impliquer les habitants dès la conception, en partant du confort ressenti plutôt que de la seule performance technique. Les permanences architecturales, installées à Harnes, Méricourt et bientôt Noyelles-sous-Lens, en sont l’outil principal. Elles renforcent l’appropriation des projets et la confiance entre habitants et institutions, au prix d’un investissement en temps et d’une remise en question des pratiques habituelles.
Les acteurs du projet
Sept acteurs régionaux et européens y sont associés :
• Post-Mining Network, pilote : un réseau international d’experts en architecture, urbanisme et paysage, qui travaille sur l’avenir écologique des territoires post-miniers
• La Mission Bassin Minier, co-pilote, chargée notamment de gérer l’inscription UNESCO
• Le FRD-CODEM, centre technique des écomatériaux
• Le CD2E, pôle d’excellence régional de l’éco-transition
• Le LGCgE de l’Université d’Artois
• Le laboratoire GEMTEX de l’ENSAIT
• Le consortium BATILIN, qui valorise les anas de lin.
• D’autres acteurs portent les démonstrateurs : les bailleurs sociaux Maisons & Cités et SIA Habitat, ainsi que la Chaire « Acclimater les territoires post-miniers » et l’ENSAPL.
• Sur le volet formation, le CD2E travaille avec le Campus des métiers et des qualifications BSEI. Le Campus assure la promotion des sessions et recueille les candidatures des enseignants
Pour le CD2E, PRÉ-Vert confirme ce que nos accompagnements montrent sur le terrain : les biosourcés sont pleinement adaptés au bâti ancien, et le surcoût tient avant tout à la méconnaissance des entreprises, et peu au prix des matériaux. C’est pourquoi nous misons sur la montée en compétences à tous les niveaux : formations intégrées aux chantiers, formation des enseignants, accompagnement des maîtres d’ouvrage. Le chanvre dispose déjà d’une filière mature ; le lin, ressource régionale de premier plan, doit maintenant structurer la sienne. Le patrimoine minier peut devenir la vitrine d’une rénovation biosourcée massifiée en Hauts-de-France.
où en est-on ?
PRÉ-Vert arrive à mi-parcours de sa période 2025-2028. Une première journée réplicabilité s’est tenue le 12 décembre 2025 à l’ENSAPL. Elle a réuni les membres du consortium et des acteurs régionaux de la rénovation du bâti ancien et des filières biosourcées et géosourcées. La deuxième journée réplicabilité aura lieu le mercredi 9 décembre 2026.
Alternatives vertes 2
Le projet est lauréat du dispositif France 2030 « Alternatives Vertes 2 ». Cet appel vise à soutenir la transition écologique du secteur de la culture. Il est porté par le ministère de la Culture et mis en œuvre notamment par l’ADEME et la Banque des Territoires (Caisse des Dépôts).
Financement France 2030, dispositif « Alternatives Vertes 2 » du ministère de la Culture.
Se former sur le sujet
• Formations CD2E aux matériaux biosourcés : parcours modulaire de 5 jours (3 jours de tronc commun et 2 jours spécifiques à la maîtrise d’œuvre). La séquence sur la préservation du patrimoine bâti fait directement écho au projet.
• Formations intégrées aux chantiers (béton de chanvre, blocs à maçonner).
• Webinaire du 17/11/2026 sur l’ITI biosourcée du bâti brique : un lien naturel avec la question de la réplicabilité à l’ensemble du bâti brique régional.
(res)Sources
Projet PRÉ-Vert, Post-Mining Network
Actes de la journée réplicabilité n°1 (PDF)
Dossier de presse France 2030 « Alternatives Vertes 2 »
Préfecture des Hauts-de-France (ERBM, cité Barrois)
Construction21, Méricourt Cité Croisette – Rénovation BâtiLin
Travaux du CD2E : rapport croisé (mars 2026), bilans des démonstrateurs, note de passation du volet formation
