Les bureaux se vident, les demandes de logement social s’accumulent. Entre les deux, une idée simple sur le papier, exigeante dans les faits. Le projet Interreg Circular Building Convert (CBC) veut démontrer que cette conversion peut devenir reproductible, sobre en carbone et accessible aux bailleurs sociaux.
de m² de bureaux vacants en France, dont 2 millions en vacance structurelle depuis plus de 2 ans.
(rapport remis à la ministre du Logement en 2025)
de ménages en attente d’un logement social fin 2025, en hausse de 4 % sur un an.
(USH, juin 2026)
l’empreinte carbone de la construction en France en 2024 (14 % de l’empreinte carbone de la demande finale intérieure, hors émissions des ménages).
(SDES)
d’espaces naturels, agricoles et forestiers consommés chaque année en moyenne sur la décennie précédente.
(ministères de la Transition écologique et de l’Aménagement du territoire)
Le projet Circular Building Convert, un combo gagnant
Partout en Europe du Nord-Ouest, le constat est le même : une grave pénurie de logements sociaux d’un côté, un nombre croissant de bureaux vacants qui ne répondent plus aux besoins actuels de l’autre. Alors partout, on s’intéresse à la possibilité de transformer des bureaux en logements sociaux, comme à la cité administrative de Lille, dont la reconversion a été confiée au groupe Duval. Si le besoin de logements reste central, l’angle choisi par CBC est résolument environnemental et social.
Des bureaux qui restent vides.
La France compterait environ 9 millions de m² de bureaux vacants, dont 2 millions inoccupés depuis plus de deux ans. En Île-de-France, le taux de vacance atteignait 11,2 % début 2026 (étude Knight Frank). Convertir n’a pourtant rien d’automatique : entre 2015 et 2024, la transformation de 530 000 m² de bureaux n’a produit que 13 800 logements, selon Cushman & Wakefield.
Des logements qui manquent.
Fin 2025, 2,885 millions de ménages attendaient un logement social (USH), pour un parc de 5,4 millions de logements au 1er janvier 2025 (SDES). La Fondation pour le logement des défavorisés dénombre 4,2 millions de mal-logés, auxquels s’ajoutent 12,3 millions de personnes fragilisées. Côté offre, moins de 300 000 logements devraient être construits en 2026, pour des besoins estimés à 420 000 par an.
Un poids carbone considérable.
Le bâtiment pèse 24 % de l’empreinte carbone nationale sur l’ensemble de son cycle de vie, soit 153 MtCO2e (ADEME, données 2019). La seule construction atteint 63,1 MtCO2e en 2024, à cause des matériaux fortement carbonés. Recycler les matériaux, c’est bien. Ne pas raser les bâtiments, c’est encore mieux.
Des sols à préserver.
La France a consommé en moyenne 24 000 hectares d’espaces naturels, agricoles et forestiers par an sur la décennie précédente, dont 63 % pour l’habitat. La consommation a encore atteint environ 15 000 hectares en 2024, alors que la trajectoire ZAN autoriserait en moyenne 6 785 hectares par an entre 2025 et 2030. Transformer l’existant permet, selon le portail « L’Europe s’engage en France », de préserver le foncier déjà urbanisé.
Capitaliser pour passer à l'échelle
L’intérêt de ce projet européen est d’aller chercher les bonnes pratiques et de mutualiser ce qui fonctionne pour les projets de chaque pays partenaire. Il court de 2025 à 2028 et réunit 10 partenaires de 5 pays : Lille Métropole Habitat (LMH), la Métropole Européenne de Lille et le CD2E pour la France. L’Université de Kaiserslautern-Laudau en Allemagne, la Municipalité d’Etterbeeck en Belgique, RetroKit Ltd en Irlande. Delft University of technology, Laboratory for Green Transformable Buildings, Wonen Limburg Accent Ltd., Municipalité de Heerlen aux Pays-Bas.
La méthode sera éprouvée sur deux sites pilotes, à Lille et à Heerlen (Pays-Bas) :
• À Lille, l’enjeu est un chantier de reconversion en centre-ville, avec des conditions d’accès, d’installation et de stockage des matériaux difficiles.
• À Heerlen, il s’agit d’une reconversion d’ampleur, avec 160 logements créés au sein d’une zone d’activité tertiaire de la ville. Ainsi ce projet intègre une dimension sociale forte, avec une problématique non seulement de conversion d’un bâtiment béton, mais également de connexion d’un nouveau quartier résidentiel au reste de la ville (transports, réseaux, acceptabilité…).
L’objectif : développer et tester des méthodes de conversion réplicables, économiques et circulaires, qui alimenteront une stratégie transnationale et un programme de formation.
Et après ? Diffuser !
Une méthode n’a de valeur que si elle est reprise. C’est là qu’intervient le CD2E, qui coordonne la diffusion de la méthode de conversion à travers deux formations en e-learning.
L’une à destination des professionnels de l’immobilier et de la construction, ainsi que de ceux du réemploi d’une part, et des autorités locales, (élus et agents des collectivités) d’autre part. Une version bêta est envisagée pour l’été 2027.
Le regard du CD2E sur CBC est clair : décarbonation du bâtiment, économie circulaire, réemploi, voire urbanisme circulaire. Pour tenir des objectifs carbone compatibles avec les accords de Paris, ce type de transformation doit maximiser le réemploi, ainsi que le recours au bois et aux matériaux biosourcés.
CBC en bref
• Programme : Interreg Europe du Nord-Ouest
• Durée : 2025 – fin 2028
• Sites pilotes : Lille (France) et Heerlen (Pays-Bas)
• Budget : 8,15 M€, dont 4,89 M€ de subvention FEDER
Livrables : une méthode de conversion, une stratégie conjointe et deux formations e-learning
Passer de l’exemple à la norme suppose de démontrer, chiffres et méthode à l’appui, que le logement abordable peut se construire dans des bureaux vides sans alourdir le bilan carbone. CBC ouvre cette voie, et le CD2E prépare déjà la suite : rendre cette méthode accessible à tous ceux qui devront la mettre en œuvre.
Focus économie circulaire : le réemploi, angle mort du bâtiment
• 42 Mt de déchets par an produits par le bâtiment, soit l’équivalent de tous les déchets des ménages en France (ministère de la Transition écologique)
• 75 % de déchets inertes, devant 23 % de non dangereux non inertes et 2 % de dangereux (Décideurs Immo, juillet 2026)
• Moins de 0,3 % réemployé : 29,3 kilotonnes sur 10,7 Mt collectées (Futura Sciences, avril 2026)
• 4 % en 2027, 5 % en 2028 : les objectifs de réemploi de la REP PMCB (loi AGEC), dont la refonte est annoncée au 1er janvier 2027 (Construction21, Décideurs Immo)
• Carbone nul : en RE2020, les produits de réemploi sont comptés à impact nul, seule leur remise en œuvre étant comptabilisée (arrêté du 4 août 2021, NRGYS)
30 000 tonnes réemployées grâce aux appels à projets d’Ecominero, qui ont soutenu plus de 190 porteurs de projets (rapport d’activité 2025)
