L’été 2026 aura une nouvelle fois rappelé que le changement climatique n’est plus une perspective lointaine : ses effets se font sentir dans nos territoires, dans nos bâtiments et dans notre quotidien. C’est autour de cette réalité que s’est construit le débat de l’émission Dimanche en politique – Hauts-de-France, diffusée sur France 3 le 13 septembre 2026, sous le titre « Réchauffement climatique : l’été de la prise de conscience ? ».
Parmi les invités figuraient notamment Frédérique Seels, directrice générale du CD2E, aux côtés de Stéphane Baly, adjoint au maire de Lille, Jean-Gabriel Masson, président de l’Association des maires ruraux du Nord, et Simon Delloue, architecte-urbaniste.
De la prise de conscience… au passage à l’action
Les épisodes de chaleur successifs rendent le changement climatique de plus en plus concret. Mais une question demeure : la prise de conscience suffit-elle à transformer réellement nos pratiques et nos territoires ?
Pour le CD2E, l’enjeu est précisément de dépasser le constat pour accélérer le passage à l’action.
L’adaptation au changement climatique ne signifie pas renoncer à lutter contre le réchauffement. Elle vient compléter les politiques d’atténuation : il s’agit à la fois de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de préparer nos bâtiments, nos infrastructures et nos territoires aux conditions climatiques qui sont déjà en train d’évoluer.
Cette complémentarité entre atténuation et adaptation est au cœur de l’approche du CD2E.
Adapter nos villes et nos bâtiments à la chaleur
Le confort d’été devient un sujet central pour les professionnels du bâtiment et les collectivités.
La question n’est plus seulement de construire ou rénover des bâtiments performants en hiver. Il faut également concevoir des bâtiments capables de rester habitables et confortables lors des épisodes de chaleur, tout en limitant le recours à des équipements énergivores.
Plusieurs leviers existent : protection solaire, ventilation nocturne, isolation adaptée, inertie thermique, végétalisation, orientation du bâtiment ou encore choix de matériaux contribuant au confort d’été.
Le CD2E a récemment consacré une ressource à ces enjeux et identifie quatre leviers complémentaires pour limiter la surchauffe des bâtiments : se protéger du soleil, évacuer la chaleur la nuit, bien isoler et, lorsque cela est nécessaire, rafraîchir en complément.
Les matériaux biosourcés, un levier pour des bâtiments plus résilients
Dans cette nécessaire adaptation du secteur du bâtiment, les matériaux biosourcés constituent un levier particulièrement intéressant, à la croisée des enjeux d’adaptation et d’atténuation du changement climatique.
Issus de ressources renouvelables d’origine végétale ou animale (bois, paille, chanvre, lin, ouate de cellulose, etc.), ils permettent de réduire l’impact carbone de la construction lorsqu’ils sont utilisés dans des systèmes constructifs adaptés et issus de filières maîtrisées.
Ils contribuent ainsi à la fois à atténuer le changement climatique, en permettant notamment de réduire les émissions liées aux matériaux de construction et de stocker du carbone biogénique, et à s’y adapter, grâce à leurs propriétés thermiques et hygrothermiques qui peuvent améliorer le confort des bâtiments face aux épisodes de chaleur. Certains isolants biosourcés présentent en effet une capacité à stocker et à restituer progressivement la chaleur, ce qui peut contribuer à ralentir la montée en température des parois et à améliorer le déphasage thermique.
Associés à une conception bioclimatique (protections solaires, ventilation naturelle, inertie, végétalisation), ils participent ainsi à des bâtiments plus confortables et moins dépendants de la climatisation.
Leur développement soulève également des enjeux de structuration des filières locales, de disponibilité des ressources, de compétences et de qualité de mise en œuvre : autant de sujets sur lesquels le CD2E accompagne les professionnels et les territoires pour accélérer le recours à des solutions constructives plus sobres, locales et adaptées au climat de demain.
Penser le bâtiment dans son environnement
L’adaptation ne se joue toutefois pas à l’échelle du seul bâtiment.
La manière dont nous aménageons les quartiers et les espaces publics est déterminante pour limiter les effets des fortes chaleurs : végétalisation, désimperméabilisation des sols, création d’îlots de fraîcheur, gestion de l’eau, choix des matériaux et organisation des espaces urbains sont autant de leviers complémentaires.
L’ADEME souligne notamment l’importance des stratégies de rafraîchissement urbain pour limiter les îlots de chaleur et améliorer la qualité de vie des habitants. ADEME – Rafraîchissement urbain et lutte contre les îlots de chaleur
Cette approche territoriale est essentielle dans les Hauts-de-France, où les réponses doivent être adaptées aux caractéristiques de chaque territoire : métropoles, villes moyennes, communes rurales, territoires littoraux ou anciens territoires industriels ne sont pas exposés aux mêmes risques et ne disposent pas des mêmes leviers d’action.
Une adaptation qui concerne aussi la commande publique
Pour être réellement efficace, l’adaptation doit progressivement devenir un réflexe dans les projets et les décisions publiques.
Cela signifie intégrer les évolutions climatiques dès la programmation d’un projet, dans les cahiers des charges, les choix techniques, les critères de conception ou encore les stratégies d’aménagement.
Le CD2E travaille notamment avec les acteurs de la commande publique sur cette question, afin de mieux intégrer l’adaptation au changement climatique dans les marchés et les projets.
Transformer l’urgence climatique en opportunité d’action
La question posée par l’émission Dimanche en politique dépasse finalement celle de la seule prise de conscience.
Nous savons que le climat change. Nous savons également qu’il faut adapter nos territoires. Le véritable enjeu est désormais notre capacité collective à agir suffisamment vite.
Pour le CD2E, cela passe par la diffusion des solutions existantes, l’accompagnement des professionnels et des collectivités, la montée en compétence des acteurs et la transformation des pratiques dans les filières du bâtiment, des énergies renouvelables, de l’économie circulaire et de l’achat public durable.
L’adaptation au changement climatique ne doit donc plus être pensée comme une réponse ponctuelle aux épisodes extrêmes. Elle doit devenir un critère structurant de nos projets, de nos bâtiments et de nos stratégies territoriales.
C’est en intégrant cette question le plus en amont possible que nous pourrons construire des territoires à la fois plus résilients, plus confortables et moins vulnérables.
