Le 27 janvier dernier, France Culture diffusait son émission reportage sur les sédiments de dragage. Maurane Vermander, cheffe de projets chez Néo-Eco, Cyril Scribot, consultant en économie circulaire au CD2E et Nicolas Prudhomme, expert génie civil à la Métropole Européenne de Lille, ont pris la parole sur le sujet. L’occasion de faire le point sur le travail effectué en Région.
Une ressource qui ne date pas d'hier
La Région Hauts-de-France compte plus de 680km de voies navigables, 3 grands ports maritimes et son réseau est connecté au réseau fluvial Nord Européen. En outre, c’est une des régions les plus denses en réseau fluvial. la nécessité d’entretenir ces kilomètre de voies navigables, se transforme peu à peu en opportunité pour la Région de considérer les sédiments issus du curage de ces zones, non comme un déchet mais comme une ressource.
Depuis les premiers travaux de Développement expérimental menés par le Grand Port Maritime de Dunkerque et de l’Ecole des Mines de Douai (actuellement IMT Nord Europe) en 2002, et la signature de la Charte de préfiguration de la démarche « Sédimatériaux » en 2009, la Région et ses partenaires n’ont cessé d’innover en matière de valorisation des sédiments de dragage.
En 2023, la valorisation des sédiments de dragage prend de l’ampleur avec la signature de l’Engagement pour la croissance Verte spécifique (ECV). Ainsi cet ECV traduit l’intérêt de toute la chaine de valeur (collectivités, industriels du TP, bureaux d’étude, chercheurs) vers l’industrialisation de la valorisation d’une ressource disponible localement dans des applications à forte valeur ajoutée d’un point de vue industriel : asphalte, béton, ciment, matrices composites, granulats.
Une mise en lumière qui change de prisme
Sujet méconnu du grand public, un reportage diffusé par France Culture le 27 janvier 2026 a pu dévoiler, au travers de témoignages d’acteurs de la région Hauts de France, l’ampleur et les enjeux autour de la valorisation des sédiments.
Si les opérations de dragage sont familières pour les riverains de la côte par leur fréquence (parfois 2 fois par an) et leur visibilité avec ces imposants navire de dragage, la question de la gestion de ces déchets à terre l’est beaucoup moins.
Pourtant, la valorisation des sédiments de dragage confronte différents enjeux : économique, écologique et social. En effet, le développement économique de la filière implique la création d’emplois en lien avec la gestion, le traitement et la valorisation de cette ressource. Sur le plan écologique, l’intégration des sédiments disponibles localement en tant que ressources permet de d’éviter ou de diminuer l’exploitation de certaines matière premières dans des projets de Travaux Publics.
Des projets innovants
Depuis ses débuts en 2009, la démarche Sédimatériaux a permis d’explorer et de favoriser l’émergence de 10 filières (asphalte, béton, ciments, couches de couvertures, fonds de bassin étanches, support de culture, écomodelés paysager, composites, préfabriqués, technique routière) traduites dans 20 applications concrètes.
15 projets respectant le cahier des charges de cette démarche ont été accompagnés en Région, grâce à des fonds FRATRI et FEDER. Cette démarche permet d’assurer l’innocuité environnementale des matériaux développés tout en assurant des caractéristiques techniques similaires à celles de matériaux formulés à base de matériaux naturels.
Le projet SEDIMEL, dont parle Nicolas Prudhomme dans l’émission de France Culture, est porté par la Métropole Européenne de Lille. Cette collectivité a exploré de nouvelles voies de valorisation de ses propres sédiments, notamment pour des applications dans les matériaux de travaux de voirie (éléments préfabriqués en chaussée réservoir pour lutter contre les inondations et en coulis autocompactant en sous couche routière). Ce projet a permis d’initier une dynamique locale visant à considérer les sédiments non plus comme un déchet, mais comme une ressource stratégique pour l’économie circulaire.
Pour découvrir et échanger sur les innovations de la filière, le CD2E porte l’évènement MINEREC, les assises nationales de l’économie circulaire des minéraux. En 2025, ces sont plus de 150 professionnels du secteurs qui se sont réunis au 1894 à Lille.
Actuellement 5 projets sont en cours d’accompagnement sur le territoire.
Sed’Opale, est un projet porté par la Région Hauts-de-France en partenariat avec Néo-Eco, l’IMT Nord Europe et le CD2E. Il vise à créer une filière de valorisation pour les sédiments de dragage du Port de Boulogne-sur-mer—Calais en transformant ces sédiments en ressources pour des filières locales, en réduisant la dépendance aux matériaux primaires et en anticipant les évolutions de volumes de sédiments à gérer à terre. Les travaux menés depuis le lancement du projet ont permis de caractériser dix gisements, d’étudier les besoins territoriaux et d’identifier des filières de valorisation adaptées, notamment dans le béton, la technique routière, les composites et l’aménagement paysager.
Ixsane, et l’IMT Nord Europe lancent le projet Granul’IA, intégrant l’intelligence artificielle dans la valorisation des sédiments issus des opérations de dragage, en granulats artificiels utilisés dans les bétons. Le projet associe expertise matériaux, suivi environnemental et intelligence artificielle. Les premières phases de caractérisation des sédiments permettront d’ouvrir la voie aux premières formulations de granulats.
Le projet GR&VEL, porté par l’UNICEM Hauts-de-France, en collaboration avec la CERC, le CD2E et Team2 et soutenu par la Région Hauts-de-France et l’ADEME, s’inscrit dans une logique d’économie circulaire appliquée au secteur du BTP. Sa vocation est d’améliorer la connaissance des flux de déchets inertes recyclables et de la production de granulats recyclés en région Hauts-de-France. Son ambition est d’objectiver la place du recyclage dans l’approvisionnement régional en matériaux de construction et identifier les leviers pour en favoriser le développement.
Si la gestion des sédiments de dragage à terre évolue vers la structuration d’une filière économique en Hauts-de-France, le grand public n’est pas averti du sujet. La mise en lumière par France Culture de ces projets innovants est une chance pour la filière.
Merci à Lise Verbeke et à France Culture de nous avoir tendu le micro pour nous donner la parole sur ce sujet qui fait notre quotidien.
