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Journée régionale du réemploi et du recyclage dans le bâtiment : une première en Hauts-de-France

Le CD2E, pôle d’excellence des Hauts-de-France, soutient le développement de l’économie circulaire dans le bâtiment, notamment par son activité de conseil, de mise en réseau et de formation auprès des acteurs œuvrant pour le réemploi et le recyclage des déchets du bâtiment. Financée par l’ADEME et la Région Hauts-de-France, l’association a récemment organisé un événement régional sur le sujet.

Le 28 octobre dernier à Lille, dans une salle de choix : l’hémicycle de l’Hôtel de Région, s’est tenue la première Journée Régionale du Réemploi et du Recyclage dans le bâtiment.

Experts, entreprises, associations, décideurs publics … Plus de 120 personnes se sont réunies pour faire vivre l’événement, grâce à leur écoute attentive et à leurs questions pertinentes. La présence des bureaux d’études prédominait dans l’assemblée (27%) mais l’ensemble des acteurs du secteur était représenté. 

Plus de 120 personnes réunies dans l'Hémicycle du siège de la Région Hauts-de-France

Aurore Colson, Conseillère régionale déléguée à l’économie circulaire, et Benoît Loison, Président du CD2E, ont ouvert cette journée en rappelant l’ampleur des défis auxquels nous faisons face, et en soulignant l’importance du rôle que chacun d’entre nous peut jouer pour réduire l’empreinte carbone du secteur du bâtiment.

Suite du programme de cette journée : un état des lieux de l’évolution de la législation à propos de la gestion des déchets dans le bâtiment, puis la mise en lumière d’exemples éclairants à ce sujet, à plusieurs échelles : matériau, entreprise et territoire. 

Retour sur cette journée !

JRRR-Ouverture
Benoît Loison et Aurore Colson

Une conférence d’ouverture pour poser le cadre réglementaire sur les déchets du bâtiment

Extension des filières REP et loi AGEC : pour une meilleure considération des déchets du bâtiment

La conférence d’ouverture a exposé les nouveautés réglementaires relatives à la gestion des déchets du bâtiment, grâce à l’intervention de l’ADEME et de l’INEC.

En premier lieu, les filières à Responsabilité Elargie du Producteur (REP), qui existent depuis 1993, s’étendent dorénavant au secteur du bâtiment à partir du 1er janvier 2022. Ces filières REP reposent sur le principe du pollueur-payeur : ceux qui mettent des produits et matériaux de construction sur le marché doivent aussi s’impliquer dans la gestion de la fin de vie de ceux-ci. Pour ce faire, ils peuvent contribuer financièrement aux filières de traitement prises en charge par des éco-organismes, voire prendre en charge eux-mêmes ce traitement. Le principal enjeu des filières REP est d’essayer de trier au maximum les déchets à la source, pour limiter les dépôts sauvages et la pression sur les ressources naturelles en amont. Elle repose sur les principes de collecte séparée et de reprise sans frais.

Par ailleurs, la loi AGEC prend de nouvelles mesures liées à l’anticipation de la gestion des déchets avant chantier :

Le décret n°2020-1817 de la loi AGEC précise la mise en place de deux nouvelles mesures obligatoires pour les entreprises du bâtiment à savoir, d’une part, l’instauration de la mention « déchets » dans le devis des travaux (quantités estimées, protocole d’enlèvement, points de collecte et coûts associés), et d’autre part, la création d’un bordereau de dépôt pour les déchets inertes non dangereux et inertes, comportant des informations sur le maître d’ouvrage, le maître d’œuvre et le responsable de la collecte des déchets.

L’article 51 de la loi AGEC entre en vigueur le 1er janvier 2022. Il met en place un diagnostic « Produits-Equipements-Matériaux-Déchets » (PEMD), pour toutes les démolitions et les réhabilitations significatives (bâtiments de plus de 1000 m²). Ce diagnostic devra comprendre une identification et un classement des éléments du bâtiment concerné, une mention de leur état de conservation, et une note sur les procédures de dépose et de transport desdits produits, matériaux et équipements.

JRRR-loi AGEC, filières REP
de g. à d. François-Michel Lambert - (INEC), François Humbert et Florence Godefroy (ADEME)
Rami Jabbour - VALOBAT

Valobat, futur eco-organisme de la filièere des PMCB

Par ailleurs, Valobat est une société créée collectivement par des metteurs sur le marché des Produits et des Matériaux de Construction du Bâtiment (PMCB). Les fondateurs veulent faire de Valobat une organisation répondant aux dispositions du Code de l’environnement pour devenir éco-organisme de la filière des PMCB. Pour ce faire il convient de :

  • Contribuer à la définition du cadre organisationnel de la filière de REP PMCB auprès des pouvoirs publics (décret et Cahier des Charges).
  • Déposer un dossier de demande d’agrément dès la publication du Cahier des Charges, décrivant un schéma de montée en puissance de la filière.
  • Préparer le déploiement des activités de l’éco-organisme.

Les missions de Valobat :

  • Prendre en charge la gestion de fin de vie des PMCB des adhérents
  • Offrir un service de collecte aux détenteurs de déchets du bâtiment
  • Créer de la valeur en développant les filières de valorisation de ces déchets
  • Accompagner l’évolution des pratiques des acteurs de la filière (collecte séparée à la source, éco-conception, sensibilisation des maîtres d’ouvrage)

… suivie de 3 conférences thématiques

Produits et matériaux de construction issus du réemploi et du recyclage : témoignages de fabricants

La première conférence thématique a présenté des produits et équipements phares issus du réemploi et du recyclage. De fait, de plus en plus d’initiatives émergent pour proposer des matériaux de construction alternatifs. Certains produits sont déjà sur le marché. Les intervenants sont venus parler de leurs produits, de leur démarche et des impacts environnementaux afférents.

  • L’entreprise Wicona a développé une filière de recyclage de l’aluminium usagé. Recyclable à l’infini, l’aluminium est l’une des principales réserves d’énergie au monde, de plus en plus mis à profit à travers l’exploitation et le recyclage en milieu urbain. Son taux de recyclage dans le bâtiment et l’automobile est supérieur à 90%.
  • EtNISI est une entreprise qui revalorise des matières usagées locales en les transformant en produits singuliers et utiles, fabriqués en France. Ses 18 collaborateurs s’efforcent de développer des solutions innovantes et écologiques pour l’urbanisme, les revêtements, le mobilier et les objets design.
  • En outre, Saint-Gobain intègre de plus en plus de matière recyclée dans ses produits. Par exemple, Saint-Gobain Glass intègre 35% de calcin dans la composition de ses produits. La laine de verre ISOVER contient a minima 40% de matière recyclée. ISOVER a mis en place une filière de recyclage des déchets de laine de verre issus du BTP : ISOVER Recycling.
  • Enfin, en Belgique depuis près de 50 ans, l’entreprise Franck propose une solution clé en main pour récupérer avec soin les briques sur chantier et les réemployer telles quelles dans la reconstruction.
JRRR-témoignages de fabricants remploi et recyclage
JRRR-reemploi, réussites régionales

Collaboration dans le réemploi : cas concrets de réussistes régionales

Après une pause déjeuner conviviale, l’après-midi a débuté par une conférence exposant des cas concrets de collaborations fructueuses entre des structures complémentaires tournées vers un objectif commun : réduire / réemployer / réutiliser / recycler. Collectifs, bureaux d’études, associations, entreprises… les porteurs de projets liés au réemploi des déchets du bâtiment peuvent être incarnés par les diverses structures qui étaient au rendez-vous : GCC, Récup’tri, Communauté de communes de la Pévèle Carembault, Up Cyclea, Booster du Réemploi, Nacarat, EQIOM et Néo Eco.

Système multiflux de tri de déchets à la source, construction d’un éco-quartier… les actions présentées avaient toutes ce souci de tirer un trait sur le système de consommation linéaire pour faire un pas vers l’économie circulaire. Par exemple, la Passerelle, maison des entrepreneurs et démonstrateur de l’économie circulaire, est un bâtiment éco-conçu, dans lequel chacun des produits et matériaux est caractérisé par un passeport circulaire. Par ailleurs, A4MT (action pour la transformation du marché) est une entreprise qui conçoit et implémente des programmes d’engagement et de « transformation du marché » qui visent à généraliser collectivement des pratiques vertueuses.

Stratégies et synergies territoriales de réemploi : témoignages et retours d'expériences

La journée s’est clôturée par une approche territoriale de la question du réemploi et du recyclage, s’intéressant à des exemples en Hauts-de-France, illustrés par un EPCI, un bailleur social et une plateforme de recensement de flux.

  • La Communauté Urbaine de Dunkerque (CUD) s’est pourvue d’un service Stratégie et Economie circulaire et d’une mission dédiée au sein de la direction Déchets, et souhaite se doter d’une labellisation EC en 2022. Ce territoire engagé a déjà mis en place 4 déchetteries communautaires.
  • Maisons et Cités, premier bailleur social en région Hauts-de-France, s’engage sur le renouveau du Bassin Minier en faisant appel au béton de chanvre. L’économie circulaire est intégrée à ses cahiers des charges de plus en plus souvent, qu’il s’agisse de la reconversion de 26 logements miniers en un hôtel 4 étoiles (au Louvre Lens) ou de l’opération Réhafutur.
  • Enfin, INex a fait la démonstration de son outil digital dédié aux acteurs souhaitant fédérer des filières de valorisation de matière… Son objectif : faire du lien, permettre l’échange de matière et aider à déployer de nouvelles technologies vertueuses pour l’économie circulaire.
  • Une autre démonstration : celle de La clause verte, outil gratuit au service des acheteurs publics qui propose des clauses environnementales prêtes à l’emploi. Cet outil a été développé par le CD2E.
  • Hervé de Maistre, directeur de Valobat, a brillamment conclu cette journée.

On vous donne rendez-vous l’année prochaine !

JRRR-Inex circular, maisons et cités, CD2E, CUD, Valobat
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