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La qualité de l’air intérieur, un enjeu de santé publique sous-estimé

Article publié le : 8 octobre 2026

19 milliards d’euros par an : c’est le coût estimé de la pollution de l’air intérieur pour la collectivité, selon une étude exploratoire menée par l’Anses, l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) et Pierre Kopp, professeur d’économie à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ce chiffre rappelle qu’un bâtiment ne se juge pas seulement à sa performance énergétique : l’air qu’il offre à ses occupants a aussi un coût, sanitaire et économique.

Un coût largement lié aux décès, aux soins et aux pertes de production

Les 19 milliards d’euros recouvrent des réalités concrètes en intégrant le coût estimé des décès prématurés, de la prise en charge des soins et des pertes de production.(1)

Il faut toutefois manier ce chiffre avec rigueur. Ses auteurs le présentent comme plus illustratif que quantitatif, compte tenu des hypothèses retenues, et précisent que les estimations concernant l’air intérieur et l’air extérieur ne peuvent pas s’additionner. C’est un ordre de grandeur, mais il suffit à faire de la qualité de l’air intérieur un enjeu de santé publique à part entière.(2)

6 polluants étudiés

Benzène, radon, trichloréthylène, monoxyde de carbone, particules et fumée de tabac environnementale. Ils proviennent des occupants, des matériaux, des équipements et du renouvellement d’air, soit autant de paramètres sur lesquels la conception et l’exploitation peuvent agir.(3)

Plus de 85 % de notre temps à l'intérieur

Domicile, bureau, école, transports : nous vivons essentiellement dans des espaces clos. L’Anses évalue ce temps passé en environnement intérieur à près de 90 %, en climat tempéré. Une présentation de l’ARS Normandie retient 85 %, avec environ 15 000 litres d’air inhalés chaque jour. Quelle que soit la source retenue, c’est dans les bâtiments que se joue l’essentiel de notre exposition aux polluants.(5)

La crise du Covid avait mis en lumière le rôle de la qualité de l’air intérieur pour la santé des occupants. Les autorités sanitaires ont alors rappelé l’importance de la maintenir à un bon niveau. Pourtant, la connaissance des enjeux et la mise en œuvre de mesures concrètes restent encore limitées dans de nombreux projets de construction et de rénovation.(7)

Un cadre réglementaire qui se renforce

Pour les propriétaires et exploitants, ce n’est plus seulement une question de confort. La surveillance de la qualité de l’air intérieur est obligatoire dans certains établissements recevant un public sensible, avec des échéances initiales avant le 1er janvier 2018 pour les crèches, les écoles maternelles et les écoles élémentaires.(8)

Le décret n° 2022-1689 du 27 décembre 2022 a révisé ce dispositif et fait entrer de nouvelles catégories d’établissements dans le champ de la surveillance au 1er janvier 2025. Le guide d’Uniclima résume ce nouveau cadre en quatre obligations : évaluer les moyens d’aération, réaliser un autodiagnostic tous les quatre ans, mesurer aux étapes clés de la vie du bâtiment et préparer un plan d’actions.(6)

Pour les acteurs de la conception, de la rénovation et de l’exploitation, c’est un changement d’échelle : la qualité de l’air devient un critère à intégrer dès l’amont des projets.

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milliards d'€ par an
0

coût estimé de la pollution de l’air intérieur en France (étude exploratoire de 2014)

Environ

décès par an
0

et plus de 28 000 nouveaux cas de pathologies associés

du coût
0 %

 lié aux seules particules, soit plus de 14 milliards d’euros

à 90 % du temps
0 %

passé en environnement intérieur, selon les sources

de la loi LAURE
0 ans

en 2026

Une journée devenue un temps fort de plusieurs semaines

La qualité de l’air dispose de son propre rendez-vous. Depuis 2015, le ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature organise chaque année la Journée nationale de la qualité de l’air (JNQA), le 14 octobre. Tout organisateur peut y inscrire un événement pédagogique (exposition, webinaire, concours, conférence) se tenant entre le 5 et le 23 octobre. La journée s’est ainsi prolongée en un véritable temps fort de plusieurs semaines, en présentiel comme à distance.

Parmi les rendez-vous recensés, on trouve notamment un webinaire de formation sur l’air intérieur le 23 octobre et les Assises des collectivités pour l’air à Marseille, les 13 et 14 octobre. 

Repère : 1996-2026

2026 marque les 30 ans de la loi sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie (LAURE), qui reconnaît à chacun le droit de respirer un air qui ne nuise pas à sa santé. Ce texte est aujourd’hui intégré au Code de l’Environnement (article L. 221-1 à L. 221-6)

Focus Hauts-de-France

Les Hauts-de-France n’ont pas attendu la réglementation pour s’emparer du sujet. Dans le cadre du troisième Plan régional santé environnement, des actions ont été soutenues : interventions de conseillers médicaux en environnement intérieur, parcours éducatif en milieu scolaire, et travail d’Atmo Hauts-de-France sur un cahier des charges de bâtiment exemplaire intégrant des exigences de qualité de l’air intérieur.(4)

Une question de conception autant que de surveillance

Mesurer ne suffit pas. Les 19 milliards d’euros de coût estimé rappellent que le meilleur levier reste la prévention, dès la programmation et la conception. Choix des matériaux, ventilation, mise en œuvre, exploitation : chaque étape de la vie d’un bâtiment influe sur l’air que respireront ses occupants.

Les semaines de la JNQA sont une occasion de s’en saisir.

Vous accompagner sur ce sujet

Le CD2E accompagne ces enjeux auprès des collectivités et des acteurs du bâtiment, la qualité de l’air intérieur figurant parmi ses thématiques d’accompagnement.

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ElornBiteau

S'inspirer de ce qui fonctionne déjà

Un exemple primé : l'école Jules Ferry, à Aulnoy-lez-Valenciennes

La région offre des exemples concrets de ce que peut apporter une conception pensée dès l’origine pour l’air intérieur. Le CD2E et la Région Hauts-de-France ont distingué l’un d’eux lors des Trophées rev3 du Bâtiment durable : le groupe scolaire Jules Ferry, à Aulnoy-lez-Valenciennes (Nord), lauréat de l’édition 2023 dans la catégorie Construction tertiaire, avec le Prix Or.

Le projet associe la réhabilitation de 1 507 m² et une extension de 1 827 m². Livré en février 2019, il a été conduit en site occupé. 

Côté air intérieur, le choix a été de renouveler l’air par une ventilation naturelle hybride activée, plutôt que par un système mécanique classique. La qualité de l’air intérieur est assurée par ce dispositif, avec un suivi réalisé sur deux ans.

Le vitrage pariéto-dynamique, comment ça marche ?

Une tour à vent met légèrement le bâtiment en dépression, ce qui attire l’air neuf par les fenêtres pariéto-dynamiques. Cet air circule entre les trois vitres avant de ressortir côté intérieur. L’hiver, il est ainsi préchauffé par les apports solaires et les pertes thermiques du vitrage. L’été, l’effet inverse le pré-rafraîchit.

Bâtiment du CMA Formation et Entreprises

Chambre de Métiers et de l’Artisanat, Saint-Saulve. Prix Spécial du Jury des Trophées Rev3 Bâtiment Durable 2024

Groupe scolaire Jules Ferry - Aulnoy-Lez-Valenciennes

Ecole Jules Ferry, Aulnoy-Lez-Valenciennes. Prix Or des Trophées Rev3 Bâtiment Durable 2023 dans la catégorie Construction tertiaire

Un second exemple : le CMA de Saint-Saulve, Prix Spécial du jury 2024

Jules Ferry n’est pas un cas isolé : l’édition 2024 des Trophées rev3 a prolongé cette logique avec la nouvelle antenne de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de Saint-Saulve, près de Valenciennes. Ce bâtiment de 9 400 m², livré en 2018 pour accueillir environ 1 300 apprentis en alternance, a reçu le Prix Spécial du jury. Il a été conçu par Jean-Luc Collet, l’architecte également à l’origine de l’école Jules Ferry.

Le projet place explicitement la qualité de l’air intérieur au cœur de sa démarche, comme un accélérateur de la transition énergétique par les énergies renouvelables. Tous les locaux sont alimentés en air neuf tempéré par des puits climatiques. La ventilation naturelle activée, à très basses pressions, remplace les systèmes de renouvellement d’air mécaniques fermés. Les baies vitrées pariéto-dynamiques et un bardage aérothermique solaire complètent le dispositif.

Parmi les réussites du projet, le dossier revendique une qualité de l’air intérieur identique à celle de l’air extérieur, ainsi que des performances nettement supérieures aux exigences réglementaires de 2025. Le jury a notamment apprécié son rôle pédagogique, avec un affichage permanent des performances à l’entrée de l’établissement, et l’analyse en coût global réalisée.

Se former pour passer à l'action

La formation Ventilation et Qualité de l’air intérieur | réglementation, enjeux et leviers d’action vise à fournir une compréhension approfondie de la qualité de l’air intérieur (QAI) et de la ventilation dans les établissements recevant du public (ERP).

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MarieJacob

Sources et ressources

(1)L’étude de l’Anses

(2)Article Batiweb sur la pollution de l’air intérieur

(3)Article de l’Institut National de santé public du Québec sur l’étude des coûts

(4)Article de la Préfecture et les services de l’Etat en Région Hauts-de-France sur le 3eme Plan régional santé environnement

(5)Article de la Banque des territoire sur le coût de la pollution de l’air intérieur en France

(6)Guide de sensibilisation à l’usage des propriétaires et exploitants – Uniclima

(7)Webinaire QAI et radon – ARS Normandie  et DREAL Normandie

(8)Dispositif règlementaire de surveillance de la qualité de l’air intérieur – DREAL Occitanie